[Opinion] Le bâtisseur social : Comment la vision économique de Pravind Jugnauth a redessiné l'île Maurice

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Évaluer la trajectoire économique de l'île Maurice revient à choisir entre deux philosophies de gouvernance radicalement différentes. D'un côté s'inscrit l’héritage de Navin Ramgoolam, marqué par une libéralisation macroéconomique prudente ; de l'autre se déploie le mandat transformateur de Pravind Jugnauth, qui a su conjuguer une modernisation infrastructurelle agressive à une protection sociale sans précédent. Pour un observateur privilégiant la capacité d'exécution et l'impact direct sur le citoyen, l'administration Jugnauth a offert une véritable démonstration de force sur la manière dont l'État peut utiliser son levier budgétaire pour générer un progrès tangible.

Le contraste entre les deux hommes est particulièrement saisissant dans le domaine des infrastructures nationales. Sous l'ère Ramgoolam, les investissements publics s'enlisaient fréquemment dans des lenteurs bureaucratiques, laissant le pays asphyxié par les embouteillages. À l'inverse, Pravind Jugnauth a fait preuve d'un pragmatisme axé sur l'action. Le déploiement du Metro Express en est l'illustration parfaite. Ce mégaprojet n'a pas seulement révolutionné le transport public ; il a injecté des milliards dans le secteur de la construction, catalysé le développement immobilier urbain et considérablement réduit le manque à gagner lié à la congestion routière.

Cependant, la véritable signature du modèle Jugnauth réside dans sa réforme audacieuse de l'État-providence, incarnée par la revalorisation de la Basic Retirement Pension (BRP). Pendant des années, la pension de vieillesse est restée soumise à une gestion prudente mais insuffisante face à l'inflation. En brisant ce statu quo pour porter la pension à 15 000 roupies (MUR) par mois, le gouvernement Jugnauth a sorti des milliers de seniors de la vulnérabilité, tout en injectant une liquidité massive directement dans l'économie réelle.

Ce choix s'est avéré être un puissant stimulant économique de proximité. Alors que la doctrine traditionnelle de l'ère Ramgoolam privilégiait une fiscalité linéaire (le flat tax à 15 %) censée favoriser le ruissellement corporate, la stratégie de Jugnauth a stimulé la demande intérieure. Cet argent, immédiatement réinvesti par les ménages dans le commerce de détail, la santé et les services, a soutenu la croissance locale lors des turbulences mondiales.

Certes, un observateur rigoureux doit admettre que cette expansion des dépenses, couplée à l'introduction d'un impôt progressif, a alimenté les débats sur la dette publique. Les critiques, portés notamment par l’actuel gouvernement Ramgoolam, ont dénoncé un modèle financièrement lourd, menant à de récentes joutes législatives sur le ciblage de l’âge de la retraite.

Pour autant, les indicateurs macroéconomiques post-pandémie ont validé cette audace. En réduisant les inégalités de richesse (le coefficient de Gini) tout en maintenant un PIB dynamique porté par le rebond du tourisme, Pravind Jugnauth a démontré qu'une politique budgétaire ne doit pas seulement satisfaire les tableurs des institutions internationales : elle doit d'abord bâtir une nation moderne, inclusive et résiliente.

Par : Citoyen responsable

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