Le gouvernement active des mesures d’urgence face aux risques économiques liés au conflit au Moyen-Orient

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Le Premier ministre, Navinchandra Ramgoolam, a averti hier au parlement que l’escalade du conflit au Moyen-Orient représente une menace sérieuse pour la stabilité économique de Maurice, tout en rassurant la population que le gouvernement a déjà activé un dispositif global pour protéger les citoyens, sécuriser les approvisionnements essentiels et atténuer les chocs externes.

Répondant à une Private Notice Question à l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement a qualifié la situation de « turbulences mondiales » susceptibles d’avoir des « répercussions économiques dévastatrices » pour les petites économies dépendantes des importations, comme Maurice. Il a indiqué suivre personnellement l’évolution de la situation depuis le début des hostilités, en coordination constante avec les ministères concernés et les partenaires internationaux.

Rapatriement des Mauriciens et assistance consulaire

La sécurité des ressortissants mauriciens bloqués dans les zones affectées constitue une priorité immédiate. Le gouvernement a rapidement mis en place des opérations de rapatriement, en collaboration avec des compagnies aériennes internationales et les missions diplomatiques. Grâce aux efforts conjoints des ambassades mauriciennes à Riyad et Islamabad, ainsi que du consulat à Dubaï, quelque 228 Mauriciens ont été assistés via une ligne d’urgence. La majorité a déjà regagné le pays à bord de vols commerciaux et spéciaux.

Des canaux diplomatiques ont également été mobilisés pour des situations plus complexes, notamment des évacuations depuis l’Iran et Israël, avec l’appui de pays partenaires. Le Premier ministre a réitéré l’appel de Maurice à la désescalade et au dialogue pacifique.

Un impact économique préoccupant

Navinchandra Ramgoolam a rappelé que Maurice reste fortement exposée en raison de sa dépendance aux importations de carburant et de produits alimentaires. Parmi les principaux risques figurent la hausse des coûts d’importation, l’augmentation des frais de transport et d’assurance, ainsi qu’un ralentissement potentiel du tourisme et des investissements.

Selon les estimations du comité de coordination macroéconomique, la croissance du PIB pour 2026, initialement prévue à 3,4 %, pourrait être revue à 3,2 % en cas de conflit de courte durée, et passer sous la barre des 3 % si la crise se prolonge. L’inflation, quant à elle, pourrait atteindre jusqu’à 6 %, contre une prévision initiale de 4 %, sous l’effet de la hausse des prix du pétrole et des matières premières. Les arrivées touristiques devraient également être inférieures aux 1,45 million anticipés, tandis que le déficit du compte courant pourrait s’élargir à environ 6 % du PIB.

Les finances publiques pourraient subir une pression accrue, avec une baisse des recettes liée au ralentissement de la consommation et du tourisme, ainsi qu’un manque à gagner estimé à 10 milliards de roupies en raison du retard de l’accord sur les Chagos. Le déficit budgétaire pourrait ainsi augmenter de près de 2 % du PIB.

Mise en place d’un comité de haut niveau

Pour faire face à ces défis, un comité de haut niveau présidé par le Secrétaire financier a été institué. Il regroupe des institutions publiques clés et des représentants du secteur privé, avec pour mission de suivre de près la situation, coordonner les réponses politiques et identifier les risques et opportunités liés à la crise.

Des réunions régulières sont organisées afin de soutenir les PME, renforcer les chaînes d’approvisionnement, améliorer la sécurité alimentaire et énergétique, et maintenir la dynamique du secteur touristique.

Énergie et approvisionnement : des stocks sécurisés

Sur le plan énergétique, le Premier ministre a assuré que Maurice dispose actuellement de stocks suffisants de produits pétroliers — essence, diesel et carburant aviation — couvrant environ deux à trois semaines. De nouvelles cargaisons sont attendues prochainement pour reconstituer les réserves.

Malgré la flambée des prix du pétrole, passés d’environ 60 à 100 dollars le baril, les prix à la pompe ont été maintenus stables à ce stade. Des plans de contingence sont également en place, incluant la diversification des fournisseurs et des accords d’État à État, notamment avec l’Inde, afin de garantir la sécurité des approvisionnements à long terme.

Concernant le gaz ménager, les stocks actuels couvrent environ 23 jours, avec des livraisons supplémentaires déjà programmées.

Sécurité alimentaire et santé

La sécurité alimentaire demeure une priorité. Le gouvernement maintient des contrôles stricts des prix sur les produits de base et soutient les consommateurs via un fonds de stabilisation des prix de 10 milliards de roupies, permettant de subventionner des produits essentiels tels que le lait en poudre et l’huile alimentaire.

Dans le secteur de la santé, un stock de médicaments couvrant au moins six mois a été constitué, tandis qu’un comité dédié supervise les niveaux d’approvisionnement à l’échelle nationale.

Une stratégie à court, moyen et long terme

Le Premier ministre a souligné que la stratégie gouvernementale repose sur des mesures à court, moyen et long terme visant à gérer la crise tout en renforçant la résilience économique du pays. Des interventions ciblées de la Banque de Maurice contribuent à stabiliser la monnaie, tandis que des vols supplémentaires opérés par Air Mauritius visent à soutenir la connectivité et le tourisme.

En conclusion, Navinchandra Ramgoolam a reconnu que la situation actuelle pourrait affecter les prévisions budgétaires et réduire les marges de manœuvre de l’État. « Le gouvernement est prêt à agir rapidement et à ajuster ses politiques afin de préserver la stabilité macroéconomique, soutenir la croissance et protéger le pouvoir d’achat des Mauriciens », a-t-il affirmé.

Auteur : V.B